Bilan et enseignements de la saison 2021
Vincent Cancade, sélectionneur melon Bilan et enseignements de la saison 2021 En charge du programme de sélection variétale melon à chair orange depuis plus de 11 ans, notre sélectionneur Vincent Cancade analyse les premiers résultats de la saison 2021.
Depuis la station de recherche Seminis de Saint-Andiol, son travail de sélection intègre de plus en plus tôt le comportement du matériel végétal en condition de production. Son analyse porte à la fois sur les orientations que doivent prendre les lignées parentales pour répondre aux enjeux de demain, et sur le comportement des dernières obtentions dans chacun des bassins de production.
Comment analysez-vous la campagne de production 2021 et quels sont les enseignements que vous en tirez ?
V. Cancade : Avec un printemps froid et un été guère plus chaud, la saison 2021 se caractérise aussi par un net déficit d’ensoleillement par rapport à 2020 et 2019. La pluviométrie a également été importante dans la plupart des bassins de production, seul le Sud-Est a été relativement épargné. De telles conditions, très contrastées par rapport à celles des campagnes sèches et chaudes des années précédentes, ont forcément un impact important sur le matériel végétal. Point positif : elles favorisent l’évaluation de la résistance aux pathogènes. La pression mildiou a été très présente dans toutes les situations et l’agressivité du champignon a démontré l’urgence d’accélérer le travail de sélection pour trouver des résistances génétiques. Les attaques d’oïdium ont été également nombreuses, en particulier en bio. La bactériose a particulièrement sévi dans le Centre Ouest. Seule la Fusariose s’est montrée plutôt discrète en conditions de production. Les observations ont toutefois pu se poursuivre au champ et surtout en laboratoire.
Pour un sélectionneur, une année aussi atypique que 2021, avec une telle pression sanitaire, est idéale pour bien trier le matériel végétal. Il faut cependant être vigilant à ne pas tout jeter et surtout en profiter pour vérifier la stabilité des résistances présentes.
Chez les producteurs, une telle saison a aussi des conséquences sur leurs prises de décisions. Il y a ceux qui en profitent pour confirmer ou éliminer des variétés, et ceux qui au contraire préfèrent ne pas prendre de décisions considérant que l’année est trop exceptionnelle.
Comment se sont comportées les nouveautés du catalogue Seminis ?
V. Cancade : Trois variétés Seminis ont fait leur entrée au catalogue cette année : Adagio, Belcanto et Cadence
Adagio qui se positionne sur le créneau chenille a donné de très bons résultats, en Espagne comme en France. La variété s’est distinguée par ses qualités gustatives, sa rusticité, et sa belle présentation. Elle a montré une très bonne adaptabilité à toutes les conditions de production, même les plus difficiles comme à Murcie, en Espagne ou dans le Centre-Ouest. C’est une variété qui nous donne entière satisfaction malgré l’absence du gène VAT et la nécessité de mettre en place un protocole adapté pour prévenir les risques pucerons.
Belcanto a confirmé ses résultats, tant sur le plan du comportement de la plante que de la présentation des fruits très uniforme. La variété a démontré régularité et fiabilité sur le créneau bâche et a également prouvé son utilité en arrière saison, en particulier dans le Sud-Est. Dans le Sud-Ouest et le Centre-Ouest, ce positionnement tardif sera d’ailleurs davantage exploré en 2022. De manière générale, on note une très bonne adaptabilité aux différentes conditions de production.
Sur le créneau bâche et plein champ, Cadence se démarque par son profil aromatique qui la place parmi les variétés très qualitatives. Sa plante est très végétative, avec un niveau d’accroche très satisfaisant. Sa vigueur n’a pas d’impact négatif sur la qualité des fruits, bien au contraire. Bien écrits et bien tranchés, les fruits sont à la fois beaux et bons. Son aptitude à la conservation inférieure à notre référence SV6556MC, s’améliore sur des sols à forte salinité. C’est ce que nous avons pu constater en Espagne où la variété est toutefois un peu trop tardive pour répondre aux contraintes de ce marché destiné à l’exportation. Cadence convient parfaitement au calendrier français et s’adapte à tous les bassins de production Sud-Est, Sud-Ouest et Centre-Ouest.
Quelles sont actuellement vos priorités en termes de recherche variétale melon ?
V. Cancade : La résistance aux maladies passe aujourd’hui par des solutions génétiques. La baisse du nombre de molécules disponibles sur le marché nous amène à appréhender la protection phytosanitaire de manière plus globale, mais aussi de façon plus complexe. Aujourd’hui, nous intégrons davantage dans nos schémas de sélection le caractère quantitatif* d’une résistance alors que par le passé, nous étions plus focalisés sur des critères mono-géniques. La recherche sur les résistances à l’oïdium a beaucoup évolué ces dernières années, en intégrant le fait que les races d’oïdium présentent plus de diversité que ce que l’on imaginait au départ. Les travaux ont bien avancé dans ce sens et on peut d’ores et déjà annoncer que la résistance à la race Px 3.5 sera disponible dans notre gamme commerciale. Face au mildiou, les variétés résistantes sont encore absentes des catalogues. Il est toutefois assez urgent de trouver des solutions, probablement à échéance de 5 ou 6 ans. D’ici là, et sans parler de résistances, il est important de s’attarder sur les différences de comportement des variétés face au mildiou. Dans des situations telles que 2021, elles peuvent faire la différence. Si la présence de la résistance au puceron Aphis gossypii (gène VAT) est presque systématique au niveau des nouvelles variétés, et si le contournement de cette résistance n’est pas d’actualité, il faut dès à présent se poser des questions sur le comportement des différents clones du pucerons. De manière générale, notre travail de sélection doit se projeter de manière durable pour chacune des problématiques que rencontre la filière.
Concrètement, comment va évoluer la gamme melon de Seminis ?
V. Cancade : Parmi les variétés pré-commerciales testées cette année en conditions de production, nous avons particulièrement repéré un numéro pour son très bon comportement face à l’oïdium, sur le créneau bâche ou plein champ. Ce type de variété présente un réel intérêt pour les cultures bio, en apportant plus de sécurité au producteur, plus de rendement tout en assurant un maintien de la qualité jusqu’en fin de culture. En culture conventionnelle comme en bio, un tel niveau de résistance permet d’alléger le programme de protection sanitaire. Toute l’équipe Seminis se mobilise pour promouvoir cette variété dès la saison prochaine. A échéance de 2 ou 3 ans, nous devrions proposer du matériel avec le même profil de résistance oïdium, destiné cette fois au créneau chenille et bâche. De manière plus générale, nous pouvons annoncer l’arrivée prochaine de matériel offrant de nouvelles résistances à l’oïdium, au puceron, et avec de vrais atouts aromatiques.
*Aujourd’hui nous intégrons davantage de résistances quantitatives-plus durables car complexes faisant appel à l’activation d’une série de gènes dont une partie peut être commune à différentes maladies. Le contournement est donc plus difficile, rendant la résistance plus durable.
Le parcours de Vincent
« Le melon est encore aujourd’hui un de mes desserts préféré, que j’ai toujours du mal à considérer comme une entrée ! »
Vincent en 2007
Tout a commencé par la découverte de la filière semence : d'abord des jobs d'été, entre autres à castrer du maïs pour financer les études, puis l'apprentissage estival de contrôleur dans la production de semences de maïs et tournesol et un BTSA, toujours dans l'amélioration des plantes acquis avec succès qui ouvre les portes de l'université et du CIRAD pour terminer avec un master en bio-ingénierie. Ensuite la rencontre avec Louis POLONI dans les coteaux du Sud-Ouest ou comment se développer dans une petite structure où la responsabilité de chacun est grande et intense ! C’est chez Poloni Semences que se fait mon apprentissage de la filière melon de son exotisme avec des essais depuis Saint-Domingue à Saint Louis en passant par Marrakech et Carthagène jusqu’au Poitou.
La gamme SEMINIS que l’on construit avec les collègues, les heures conjointement passées sur le terrain avec l’excitation de valider son modèle scientifique en découvrant une pépite.
La finalité étant de répondre aux attentes environnementales et sociétales tout en intégrant les besoins du producteur et du consommateur final avec un produit de qualité.